Se battre

Depuis peu, j’ai retrouvé de l’énergie et de la force. Je suis capable de me réveiller le matin et de partager le petit-déjeuner avec mes enfants. Ça peut paraître ridicule, mais cela faisait deux ans que quitter mon lit était devenu une souffrance.
Cette énergie, je l’utilise pour profiter de ma famille, sourire, aller mieux et apprécier chaque instant de joie dans mon quotidien. Pourtant, ça ne me suffit pas… J’ai besoin de plus. Donner un sens, trouver une raison, me battre.
J’ai toujours eu envie et besoin de changer les choses. Pas pour moi, mais pour éviter tout ce mal-être à ceux qui m’entourent. Proche ou inconnu, personne ne mérite de se sentir aussi… inexistant.
J’ai aussi envie de me battre pour mes enfants. Pour leur avenir. Pour leur monde.
Le silence ne résout rien. Il ne guérit pas et il ne corrige pas. Je suis incapable de ne pas réagir. Pourtant, c’est ce que font tous les gens autour de moi, après leur burn-out. C’est aussi ce que me répètent tous ceux à qui j’en parle…
« Pense à toi d’abord. Tu as d’autres priorités. Ne ruine pas ta santé pour ça. »
Je comprends. Je sais ce que c’est d’être vidé, de ne plus avoir la force de rien. Je sais que se taire, parfois, c’est simplement survivre.
Mais POURQUOI ???
J’ai envie de hurler que ce n’est pas ainsi que les choses changeront ! Ce n’est pas en se taisant !
Pourquoi garder le silence ?
Pourquoi laisser les suivants vivre la même chose ?
Pourquoi vivre de cette manière, résignés et tellement convaincus que notre voix n’a aucune valeur ?
Parce que le burn-out n’est pas un accident. Ce n’est pas une faiblesse personnelle. C’est le symptôme d’un système qui nous épuise, nous isole et nous fait croire que tout est de notre faute.
Nous vivons dans une illusion : celle de croire que nous avons le choix.
Aujourd’hui, moi, je crois que nous n’avons plus aucun contrôle. Et que le seul moyen de le récupérer est de se battre… Comme l’ont fait mes ancêtres durant la guerre. Comme l’ont fait bon nombre de citoyens pour refondre complètement le système.
Nous sommes endormis par la consommation à outrance, Internet, le matériel. Nous sommes hypnotisés par des écrans qui nous privent de notre capacité de réflexion, d’analyse.
Nous perdons peu à peu ce qui faisait de nous des êtres uniques, différents et puissants. Bientôt, nous ne serons plus que de pâles copies les uns des autres. Nous nous comporterons comme des robots, programmés par ceux qui ont de l’argent et du pouvoir.
À ce moment-là, ce sera trop tard pour agir.
Je ne veux pas finir de cette façon. Je ne veux pas non plus que mes enfants finissent de cette façon. Je ne peux pas me taire, faire comme si tout ça ne me concernait pas.
Alors je vais parler. Ici, pour commencer. Raconter ce que j’ai vécu, dire ce qui ne va pas, poser les questions que personne ne veut entendre. Ce n’est peut-être pas grand-chose. Mais c’est toujours mieux que le silence.