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1. Généralités — de la philosophie à la psychologie scientifique

La psychologie contemporaine est une discipline scientifique à part entière. Mais pour y parvenir, elle a dû se dégager de la philosophie pour se constituer en discipline autonome : ses origines se confondent avec l’histoire de la philosophie occidentale.

Philosophie

  1. AntiquitéLes questions de l’âme appartiennent à la philosophie

    Nature de l’âme, passions, folie : ces questions sont traitées par les philosophes et les médecins.

  2. XVIᵉ siècleUne « pré-psychologie » calquée sur l’anatomie

    On décrit les « facultés de l’âme » comme les parties du corps, par métaphores.

  3. XVIIᵉ siècleDescartes, Locke, Leibniz : les grands débats

    Dualisme âme/corps, empirisme contre idées innées. On fait traditionnellement débuter la psychologie avec Descartes.

  4. 1732-1734Wolff sépare psychologie empirique et psychologie rationnelle

    Premier acte fondateur d’une psychologie indépendante des questions métaphysiques.

  5. 1860Fechner et la psychophysique

    La méthode expérimentale s’applique pour la première fois à l’étude des sensations.

  6. 1879Wundt ouvre le premier laboratoire de psychologie expérimentale à Leipzig

    Date retenue comme la naissance officielle de la psychologie scientifique.

  7. 1885-1890Ebbinghaus : la mémoire devient objet d’expérience

    Sur la mémoire (1885), laboratoire à Berlin (1886), revue de psychologie avec Arthur König (1890).

  8. Aujourd’huiUne discipline scientifique à part entière

    La psychologie a ses propres méthodes, laboratoires et revues.

Psychologie scientifique

Frise détaillée : les grandes figures de la psychologie

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Frise chronologique de l’histoire et de l’épistémologie de la psychologie, de 1600 à 1980. Chaque auteur est représenté par une barre couvrant sa vie, colorée selon son courant : rationalisme et philosophie (Descartes 1596-1650, Leibniz 1646-1716, Kant 1724-1804), empirisme anglais (Hobbes 1588-1679, Locke 1632-1704), psychologie wolffienne et constructivisme (Wolff 1679-1754, Piaget 1896-1980, Freud 1856-1939), psychophysique et expérimentation (Herbart 1776-1841, Fechner 1801-1887, Wundt 1832-1920, Ebbinghaus 1850-1909), évolutionnisme (Darwin 1809-1882), psychologie française et psychométrie (Ribot 1839-1916, Binet 1857-1911), pragmatisme, structuralisme et béhaviorisme (James 1842-1910, Titchener 1867-1927, Watson 1878-1958), école russe (Sechenov 1829-1905, Pavlov 1849-1936). Dates clés : 1732 et 1734, Wolff publie Psychologia empirica et Psychologia rationalis ; 1859, Darwin, L’Origine des espèces ; 1860, Fechner, Éléments de psychophysique ; 1879, Wundt ouvre le premier laboratoire de psychologie à Leipzig ; 1885, Ebbinghaus, Sur la mémoire ; 1905, échelle métrique de l’intelligence de Binet et Simon ; 1913, manifeste béhavioriste de Watson.

Aux origines : une « pré-psychologie » (XVIᵉ siècle)

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La psychologie apparaît au XVIᵉ siècle, influencée par l’anatomie : il faut décrire les « facultés de l’âme » à la manière des parties du corps, d’où le recours à des métaphores.

Cette pré-psychologie s’inspire de la figure théologique de l’homme extérieur et de l’homme intérieur, construite en parallèle des rapports entre l’État et l’Église.

En Allemagne

Une psychologie des « facultés » mentales.

En Angleterre

Une psychologie de l’« association des idées », avec Thomas Hobbes : on commence à séparer le concept d’âme de celui de pensée.

De la philosophie (XVIIᵉ siècle) à la psychologie (XIXᵉ siècle)

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René Descartes (1596-1650)

Philosophe français. Les historiens font généralement débuter la psychologie avec lui.

Le dualisme cartésien : deux substances hétérogènes. Le corps ne peut pas « penser », et l’âme n’a aucun contenu corporel.

  • le corps : matériel ;
  • l’âme : spirituelle, faite d’idées claires et distinctes. Elle comprend les actions de l’âme (la volonté) et les connaissances (idées innées et passions).

L’âme a pour fonction de produire la pensée, comme une méthode pour se connaître soi-même et connaître Dieu : ce sont les fondements de la métaphysique cartésienne.

  • Doute méthodique : l’expérience sensible du réel n’apporte aucune connaissance certaine.
  • Cogito (« Je pense, donc je suis ») : l’âme est définie exclusivement par la pensée. Le cogito est une intuition d’existence et un critère de vérité qui mène aux idées essentielles.

John Locke (1632-1704)

Philosophe anglais, opposant à Descartes et fondateur de la tradition empiriste : nos connaissances viennent de l’expérience, et non d’idées innées.

Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716)

Philosophe allemand. Il admet l’existence des idées innées et développe une tradition nativiste.

Christian Wolff (1679-1754)

Philosophe allemand. Il divise la psychologie en deux dans deux ouvrages :

  • Psychologie empirique (1732) : tire de l’expérience les principes qui expliquent ce qui se passe dans l’âme ;
  • Psychologie rationnelle (1734) : part de ces principes pour définir l’âme, puis en déduire ses facultés et ses opérations.

À la fin du XIXᵉ siècle, la psychologie empirique se développe en Angleterre et la psychologie scientifique en Allemagne : pour Ebbinghaus, la psychologie est une « nouvelle science ».

Gustav Fechner (1801-1887)

Physicien et philosophe allemand. Son ouvrage sur la psychophysique (1860) montre qu’on peut utiliser la méthode expérimentale pour étudier la sensation.

Hermann Ebbinghaus (1850-1909)

Psychologue allemand, le premier à faire des fonctions psychologiques supérieures l’objet d’une science expérimentale, et non plus métaphysique ou philosophique.

Impressionné par Fechner, il applique la méthode expérimentale à la mémoire :

  • 1885 : Sur la mémoire : une contribution à la psychologie expérimentale, qui lance les recherches sur la mémoire et l’apprentissage en France, en Allemagne et aux États-Unis ;
  • 1886 : il fonde un laboratoire de psychologie expérimentale à Berlin ;
  • 1890 : il crée avec Arthur König (1856-1901) la revue Zeitschrift für Psychologie und Physiologie der Sinnesorgane (« Journal de psychologie et de physiologie des organes des sens »).

« Celui qui pense et ressent ne peut en même temps expérimenter par ses organes sensoriels les processus nerveux tels que ces pensées et ces sentiments sont perceptibles objectivement. Celui qui observe les processus nerveux ne peut pas en même temps avoir les pensées et les sentiments que ces processus impliquent. Cependant, les processus objectifs qui se déroulent en dehors du système nerveux, en particulier ceux en dehors de l’organisme expérimentés dans le monde extérieur, précèdent ou suivent les états mentaux, car les causes précèdent généralement leurs effets et les effets en suivent les causes. Il n’y a pas d’objection à parler de relation de cause à effet entre des processus matériels de ce type et des états mentaux. »

« Notre vision de la relation entre le corps et l’esprit nous amène à la conclusion suivante : comme notre corps peut être distingué de ses parties sans avoir d’existence séparée de ses parties, de même notre esprit peut être distingué des divers états de conscience sans avoir une existence séparée de leurs parties. L’esprit est le concept de la totalité des fonctions mentales. Comme la préservation de soi est le but principal de toute fonction corporelle, la préservation de soi est également le but principal de la vie mentale. »