Premières expériences de psychologie sociale qui ont fait naître des objets d’études, qui se sont ensuite diversifiés sous l’influence de courants de pensées.
Notion d’utilité
Accéder au bonheur via la possession d’éléments constitutifs au bonheur : les biens matériels, désirables ou immatériels sans lesquels la vie ne semble pas digne d’être vécue.
Positivisme
Ensemble de courants qui considère que seules l’analyse et la connaissance des faits vérifiés par l’expérience peuvent expliquer les phénomènes du monde. La certitude en est fournie exclusivement par l’expérience scientifique. Il rejette l’introspection, l’intuition et toute approche métaphysique pour expliquer la connaissance des phénomènes.
Les philosophes s’accordent historiquement sur le fait que l’être humain cherche avant tout le bonheur et le plaisir (principes eudémoniste et hédoniste) à travers la possession de biens matériels et immatériels jugés utiles. Toutefois, la satisfaction personnelle peut découler soit d’actions purement égoïstes, soit d’actions vertueuses et altruistes.
L’être humain est animé par un double mouvement contradictoire : la sociabilité (le besoin des autres) et l’insociabilité (la recherche de son intérêt propre). Cette tension génère des passions antisociales (envie, haine, rivalité) qui menacent constamment le lien social. Pour éviter la violence et concilier intérêts individuels et collectifs, les sociétés doivent s’organiser. Les philosophes ont proposé plusieurs réponses à ce problème :
l’éducation du citoyen et la morale ;
le pouvoir politique et le contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau) ;
l’institutionnalisation des règles (Spinoza) ou la recherche de l’utilité commune (Bentham, Mill).
Ces réflexions philosophiques reposent sur des conceptions théoriques de la « nature humaine » plus que sur des observations scientifiques. Elles ont néanmoins inspiré des expérimentations sociales au XIXᵉ siècle (Fourier, Owen, Godin).
L’humain est un être fondamentalement social, mais il est traversé par un conflit permanent entre ses motivations égocentrées (égoïsme, intérêt personnel) et ses motivations prosociales (altruisme, coopération).
→ C’est la base de l’étude des comportements prosociaux (pourquoi aide-t-on autrui ?) et des conflits interindividuels ou intergroupes.
2. L'altruisme comme source de satisfaction (bénéfice psychologique)
Agir pour les autres (générosité, compassion) procure aussi une satisfaction individuelle.
→ Cela renvoie aux débats sur l’altruisme pur : aide-t-on quelqu’un uniquement par compassion, ou aussi pour réduire notre propre inconfort / éprouver du bien-être (renforcement positif) ?
3. La régulation des « passions tristes » et des conflits
La vie en groupe génère inévitablement de la rivalité, de la comparaison défavorable et de l’envie.
→ C’est le point de départ des théories sur la comparaison sociale (Festinger), la frustration relative et l’émergence des préjugés ou de la discrimination.
4. Le passage de la philosophie à la psychologie sociale
La philosophie a émis des hypothèses sur la « nature humaine » pour justifier des modèles politiques ou moraux. La psychologie sociale, elle, va utiliser la méthode expérimentale (observations, expériences en laboratoire ou sur le terrain) pour vérifier empiriquement si et comment ces comportements se produisent réellement.
L’arrivée de la théorie de l’évolution de Charles Darwin (1809-1882) — puis son application aux sciences humaines par Herbert Spencer (1820-1903) — marque un tournant majeur : elle introduit l’idée que les espèces vivantes (dont l’être humain) se transforment au fil des générations sous l’effet de la sélection naturelle. Les individus possédant les caractéristiques les plus adaptées à leur environnement survivent, se reproduisent et transmettent leurs gènes.
Au XXᵉ siècle (années 1970), la sociobiologie a tenté de prolonger cette logique en affirmant que nos comportements sociaux et nos capacités cognitives dépendent largement de notre patrimoine génétique. Cette approche a déclenché de vives controverses éthiques et politiques : le risque majeur était de justifier le déterminisme biologique et d’aboutir à des politiques ségrégatives (par exemple, trier ou séparer les enfants à l’école selon leur QI sous prétexte qu’il serait héréditaire).
1. L'évolutionnisme appliqué au comportement (l'inné)
Tout comme nos caractéristiques physiques (poils, taille) ont évolué pour nous aider à survivre, certains de nos comportements sociaux (coopération, peur des étrangers, attachement) ont pu être sélectionnés parce qu’ils favorisaient la survie du groupe ou de l’espèce.
→ Vocabulaire scientifique : c’est le fondement de la psychologie évolutionniste contemporaine.
2. Le « darwinisme social » de Spencer (attention aux dérives !)
Herbert Spencer a appliqué le principe de la « survie du plus apte » aux sociétés humaines.
→ Le piège théorique : c’est une dérive idéologique : supposer que si des individus ou des groupes sont dominants socialement, c’est parce qu’ils seraient « biologiquement plus adaptés ». La psychologie sociale moderne rejette fermement cette vision simpliste.
3. La dérive du déterminisme biologique et du QI
Considérer que le comportement, l’intelligence ou la réussite sociale s’expliquent uniquement par les gènes s’appelle le déterminisme biologique.
→ Impact politique et éthique : si l’on croit que tout est écrit dans les gènes, on a tendance à justifier les inégalités sociales, les discriminations ou la création de filières scolaires étanches basées sur le QI, en négligeant l’impact crucial de l’environnement, de l’éducation et de la culture.
4. Le positionnement de la psychologie sociale
La psychologie sociale ne nie pas la biologie, mais elle montre que l’environnement social, les interactions et le contexte modèlent nos comportements bien plus que la seule génétique.
→ L’interaction inné/acquis : l’intelligence ou la personnalité ne sont jamais « 100 % génétiques » ou « 100 % sociales » : ce sont les interactions entre nos dispositions biologiques et notre milieu social (l’épigénétique, l’apprentissage, les stéréotypes) qui façonnent l’individu.
Auguste Comte, philosophe et père du positivisme, fut l’un des premiers à proposer de manière explicite une approche de l’individu comme être social en cherchant à faire reconnaître les sciences sociales comme une branche, parmi d’autres, des sciences.
L’homme, enraciné dans un groupe plus ou moins organisé, sera l’objet de la nouvelle science, la « sociologie », qu’il popularisera à partir de 1839.
L’influence sociologique et les débuts de la psychologie sociale française
La « psychologie des foules » apparaît au XIXᵉ siècle, dans un contexte de bouleversements de civilisation : exode rural, urbanisation, industrialisation.
En 1895, il écrit La psychologie des foules, dont les intérêts portent sur la nature du lien communautaire qui unit les individus dans la foule.
La notion de civilisation est au centre de ses réflexions. Il observe avec précision, en Inde et en Afrique du Nord, le choc des civilisations que le colonialisme provoque et exacerbe.
À la base du fonctionnement des foules, Cerclé et Somat (2005) décrivent trois phénomènes auxquels nous ajoutons un quatrième :
l’apparition chez un individu plongé dans une foule d’un sentiment de puissance invincible lui permettant de céder à des instincts que, seul, il eût forcément réfrénés ; cette régression instinctuelle est facilitée par l’anonymat offert par la foule et la disparition du sentiment de responsabilité qui en découle ;
la contagion mentale « d’ordre hypnotique » ;
la suggestibilité, qui devient l’état psychique dominant faisant que « la personnalité consciente est évanouie, la volonté de discernement abolie » (Le Bon, 1895) ;
l’adhésion des foules passe par l’existence d’un médium autoritaire, dont le « prestige est l’arme par excellence ».
Le Bon combine deux théories médicales et scientifiques très en vogue à la fin du XIXᵉ siècle pour expliquer pourquoi des individus calmes peuvent devenir violents ou incontrôlables en groupe :
1. Le modèle de l'évolution/dissolution (Théodule Ribot)
L’humain civilisé a développé des fonctions cognitives supérieures (raison, volonté). Cependant, dans une foule, ces fonctions supérieures se « dissolvent » : l’individu régresse vers un état « primitif », dominé par les émotions et les réflexes inconscients.
2. La suggestion hypnotique (Charcot vs Bernheim)
À cette époque, l’hypnose fait l’objet de grands débats. Charcot pense qu’elle est réservée aux hystériques, tandis que Bernheim soutient que tout le monde est suggestible. Le Bon reprend l’idée de Bernheim : la foule agit comme un vecteur d’hypnose collective où les idées se propagent par contagion.
La discipline naît d’un constat paradoxal : pris isolément, l’individu est perçu comme rationnel et conscient ; plongé dans le groupe, il devient irrationnel, régressif et impulsif.
Dans la vision de Le Bon, la foule efface les caractéristiques individuelles au profit d’un comportement de groupe homogène.
La foule est caractérisée par une grande crédulité. Elle a besoin d’une figure d’autorité (meneur) qui n’agit pas par des arguments logiques, mais par des images fortes, des affirmations catégoriques et de l’émotion.
Le Bon écrivait dans un contexte politique marqué par la peur des révolutions ouvrières et des mouvements populaires. Sa vision est très bourgeoise, paternaliste et teintée d’élitisme. Aujourd’hui, la psychologie sociale dit que les foules ne sont pas simplement « folles » ou « irrationnelles ». Leurs comportements répondent souvent à des normes émergentes et à des identités sociales partagées (théorie de l’identité sociale de Tajfel et Turner).
Tarde cherche à expliquer le fonctionnement de la société et des foules de manière plus rigoureuse et objective que Le Bon. Pour Tarde, le moteur fondamental de toute vie est l’imitation.
L’imitation comme fait social élémentaire : l’imitation n’est pas ici un acte conscient mais un processus involontaire et inconscient. Elle commence au niveau individuel (l’habitude est une façon d’imiter ses propres actes passés) puis s’étend de personne à personne.
Le couple invention/imitation :
l’invention est un acte individuel qui apporte du progrès ;
l’imitation est le mécanisme social qui diffuse cette invention, assurant la stabilité de la société.
Tradition vs mode : l’imitation prend deux formes dans le temps :
la tradition : on imite les générations passées ;
la mode : on imite ses contemporains.
La sociologie comme « interpsychologie » : Tarde refuse l’idée d’une « âme collective » supérieure qui existerait au-dessus des individus. La société n’est rien d’autre qu’un réseau d’interactions d’individu à individu. La psychologie collective est simplement la projection démultipliée de la psychologie individuelle.
L’explication des foules : comme Le Bon, Tarde explique le comportement des foules par deux facteurs :
la contagion mentale : explication interne via la sympathie, c’est-à-dire la tendance automatique à s’aligner sur l’état émotionnel d’autrui ;
Émile Durkheim, influencé par le positivisme d’Auguste Comte, fonde la sociologie en tant que science autonome et expérimentale. Pour fonder cette discipline, il élabore une méthodologie scientifique stricte qu’il applique notamment dans son étude célèbre sur Le Suicide (1897).
La réalité du « fait social » : les comportements humains ne s’expliquent pas seulement par la psychologie individuelle. Il existe des forces extérieures impersonnelles : les faits sociaux. Ce sont des manières d’agir, de penser et de sentir qui existent en dehors de l’individu.
Les deux caractéristiques du fait social :
l’extériorité : ils préexistent à l’individu (la langue, la religion, les lois, les coutumes étaient là avant notre naissance) ;
la coercition (la contrainte) : ils s’imposent à l’individu du dehors, de façon obligatoire ou sous peine de sanctions sociales.
Une position « antipsychologique » : pour Durkheim, la société n’est pas une simple somme d’individus, c’est une réalité propre (« sui generis »). Le tout est supérieur et différent de la somme des parties.
Les représentations collectives : la culture, la religion, l’art et même la personnalité humaine sont le produit de la société. Sans la société, l’homme ne serait qu’un animal guidé par ses besoins biologiques.
Rupture avec la psychologie des foules : contrairement à Le Bon qui pensait que le groupe fait régresser l’homme vers l’état sauvage, Durkheim affirme au contraire que c’est la société qui élève l’homme et crée ses fonctions mentales supérieures.
La psychologie sociale américaine se développe à la fin du XIXᵉ siècle en réponse à des problèmes sociaux liés à l’immigration, l’industrialisation et l’urbanisation.
Les premières études de psychologie sociale apparaissent en 1908 avec deux livres :
Edward A. Ross, Social Psychology ;
William McDougall, An Introduction to Social Psychology.
Psychologie des instincts : les instincts sont les moteurs premiers de l’activité humaine. Ils constituent les forces qui façonnent la vie des individus et des sociétés.
Pour McDougall, l’instinct est :
« comme une disposition innée portant l’organisme à percevoir ou à être attentif à un objet, à éprouver en sa présence une certaine excitation affective, enfin à agir ou à ressentir une impulsion vers l’action s’exprimant par un mode de conduite spécifique à l’égard de l’objet. »
→ Réaction affective devant chaque instinct.
Instinct
Réagit à
Instinct de nourriture
la faim
Instinct social
la solitude
Instinct de combat
la colère
À chacun de ces aspects, il fait correspondre un certain mode de communication : la suggestion, la sympathie et l’imitation.
Diverses objections, dont : une partie des instincts mentionnés n’ont pas un fondement vital mais résultent de l’acquis. Exemple : l’instinct de combat.
Courant opposé à la théorie des instincts renforcé par des observations → les fondements psychologiques sont déterminés davantage par l’environnement social que par l’hérédité et la notion d’instinct.
Chez les Indiens d’Amérique du Nord, peuple primitif doté d’une police organisée, si un indigène avait contrevenu aux lois de la tribu :
1. Punition sans exclusion
On détruit tous les biens du coupable mais on ne rompt jamais le lien social. Il reste membre de la tribu.
↔ Opposé de la prison qui retire le coupable de la société.
2. Cycle de dettes qui recrée du lien
La punition fait du coupable une victime, donc la tribu lui doit réparation. Une fois réparé, il devient redevable envers le groupe et offre des cadeaux que tout le monde l’aide à rassembler. Le groupe redevient alors redevable et ainsi de suite. Chaque échange réduit l’écart jusqu’au retour de l’ordre initial.
↔ Notion clé de l’anthropologie française : le don et le contre-don, théorisé par Marcel Mauss en 1925.
3. Argument psychologique
Lévi-Strauss dit que punir, c’est traiter quelqu’un comme un enfant : c’est la position du parent qui sanctionne. Or un enfant puni est ensuite consolé et réintégré, sinon la punition produit de la rancœur ou de la révolte plutôt qu’un apprentissage. Notre système est donc incohérent : il traite le coupable en enfant pour s’autoriser à le punir, puis en adulte pour lui refuser toute consolation. D’où le risque d’obtenir l’inverse du résultat recherché, c’est-à-dire la récidive.
4. Critique de notre « progrès »
Nous croyons avoir progressé en abandonnant les châtiments corporels. Lévi-Strauss répond que la prison mutile autrement, physiquement et moralement.
La théorie béhavioriste est issue des travaux de Watson et s’appuie sur la réflexologie du Russe Pavlov (1849-1936) et les travaux de Bechterev (1857-1927).
Opposition : le comportement n’est qu’une réponse à un conditionnement (un apprentissage). Dans cette perspective, toute action, toute conduite humaine est définie comme une réaction, c’est-à-dire liée causalement à des évènements extérieurs (des stimuli) de nature à déclencher cette réponse de l’individu.
Watson introduit la notion de réflexe conditionné pour expliquer tout un ensemble de comportements tenus jusque-là pour instinctifs.
Le couple stimulus-réponse est donc le fait fondamental dont doit s’occuper la psychologie.
Mead est à la fois sociologue, psychosociologue et philosophe.
Interactionnisme symbolique.
Il s’intéresse à l’origine de la conscience individuelle, ou l’origine de l’esprit chez l’Homme.
Il pense que le soi (self) et l’esprit (mind) sont les produits de la coopération sociale rendue possible entre les hommes par le langage.
Toute conduite est le produit d’une organisation sociale, et celle-ci ne résulte pas de l’imitation, contrairement à ce qu’affirmaient Tarde et ses successeurs, mais d’une « communication humaine » qui conduit à une coopération entre acteurs sociaux.