1. La vision positiviste
(ex : Auguste Comte)
La science progresserait de manière continue et linéaire, par accumulation progressive de savoirs.
Popper détaille le critère de falsifiabilité (ou réfutabilité) comme frontière étanche (démarcation) entre la science et la métaphysique.
Bachelard théorise les notions d’obstacles épistémologiques et de rupture épistémologique, posant les bases de la vision discontinuiste du progrès scientifique.
Kuhn introduit les concepts fondamentaux de paradigme, d’anomalie et de révolution scientifique pour expliquer l’histoire des sciences.
Popper expose la manière dont le principe de rationalité permet d’unifier la méthodologie des sciences sociales et des sciences exactes.
Piaget formalise l’épistémologie génétique et montre que la compréhension et l’explication sont deux composantes complémentaires de la démarche scientifique.
Deux grandes visions du progrès scientifique :
1. La vision positiviste
(ex : Auguste Comte)
La science progresserait de manière continue et linéaire, par accumulation progressive de savoirs.
2. La vision discontinuiste
(ex : Bachelard, Popper, Kuhn)
La science progresse par ruptures, erreurs rectifiées, remises en cause et changements de paradigmes.
Quand on cherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette conviction que c’est en termes d’obstacles qu’il faut poser le problème de la connaissance scientifique. Et il ne s’agit pas de considérer des obstacles externes, comme la complexité et la fugacité des phénomènes, ni d’incriminer la faiblesse des sens et de l’esprit humain : c’est dans l’acte même de connaître intimement, qu’apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles. C’est là que nous montrerons des causes de stagnation et même de régression, c’est là que nous décèlerons des causes d’inertie que nous appellerons des obstacles épistémologiques.
— Bachelard, La formation de l’Esprit scientifique (1938)
Dès 1920, vision discontinue du progrès scientifique en rupture avec la pensée positiviste. Bachelard conçoit l’avancée de la pensée scientifique comme une remise en cause incessante de ses propres fondements. La science tendue vers l’avenir ne progresse qu’en rompant avec son passé.
Il ne faut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire. Toutes les connaissances scientifiques se construisent à partir de questions, de recherche de questions, de remise en question permanente venant d’un esprit scientifique.
Il a travaillé sur l’épistémologie des sciences sociales → approche compréhensive ou interprétativisme.
Selon Popper, les sciences sociales s’unifieraient grâce au principe de rationalité (article de 1967 : « La rationalité et le statut du principe de rationalité ») → Grâce au principe de rationalité, les sciences sociales parviendraient à reproduire le modèle épistémologique général de l’explication scientifique. L’unité des sciences sociales découlerait de cette affirmation comme un corollaire particulier.
Le principe de rationalité se définit plus facilement par ses fonctions que par son contenu. Chaque fois que nous envisageons le comportement humain sous l’angle de l’action obéissant à des raisons, nous appliquons le principe de rationalité. En adoptant le principe de rationalité dans une circonstance donnée, nous rejetons les hypothèses diverses du hasard absolu, du conditionnement rigide, de la décision capricieuse et du désordre des idées.
Le principe de falsifiabilité est un critère qui permet de distinguer une théorie scientifique d’une théorie non-scientifique. Une théorie scientifique doit être réfutable (ex : théorie d’Einstein). Une théorie scientifique doit pouvoir faire des prédictions à risque. Ce sont des prédictions incorrectes qui font avancer la science. Toute théorie scientifique peut éventuellement être fausse et sera remplacée par des théories plus adéquates, avec le temps.
Plusieurs théories psychologiques ne passent pas le test de falsifiabilité. Elles manquent de rigueur scientifique, et non de « vérité sur le monde ».
Une connaissance devient scientifique quand, à partir d’elle, peut être prédit un évènement dont le développement témoignera de sa vérification.
| Énoncé | Falsifiable ? |
|---|---|
| « Tous les corps se dilatent lorsqu’ils sont chauffés » | ✅ peut, en vertu de sa formulation, être contredit avant même l’expérience en laboratoire. |
| « Tous les points du cercle euclidien sont équidistants du centre » | ❌ pose problème, puisqu’en raison de la définition du cercle euclidien, l’énoncé ne peut être falsifié. |
DONC la falsification s’introduit en somme par la formulation même de l’énoncé → vertu cardinale de la langue.
Les théories ne sont pas vraies en soi, elles sont seulement falsifiables. Il n’y a aucune méthode pour montrer qu’une théorie est vraie. Les tests théoriques ne sont pas inductifs, mais déductifs : l’acceptation de certaines observations peut montrer qu’une théorie est fausse (le seul cygne noir montre que tous les cygnes ne sont pas blancs).
Problème apparent pour Popper : savoir comment traiter les hypothèses probabilistes, c’est-à-dire presque toutes les hypothèses en psychologie. Une hypothèse probabiliste ne dit pas qu’une corrélation sera parfaite ou qu’une personne obtiendra toujours un résultat supérieur dans une condition à une autre. Au lieu de cela, l’affirmation est que la corrélation sera positive mais médiocre, ou que les scores dans une condition sont plus susceptibles d’être supérieurs aux scores dans une autre condition. L’hypothèse se réfère à la moyenne d’une population. Un échantillon de la population, qu’il soit de 5, 5000 ou 50 000 personnes, ne dit pas vraiment quelle est la moyenne de la population. Comment pouvons-nous ne jamais falsifier l’hypothèse ?
Popper a dit que la falsifiabilité d’une théorie pouvait être discernée à partir de sa forme linguistique ou logique.
De nombreuses affirmations en psychologie sont probabilistes, c’est-à-dire qu’elles reposent sur les hypothèses statistiques.
En 1962, Kuhn utilise la notion de « paradigme » et la transpose au domaine scientifique dans son ouvrage « La structure des révolutions scientifiques ».
Kuhn emploie le terme « paradigme » pour définir un ensemble de convictions partagées à un moment donné par la communauté scientifique. Une « révolution scientifique » correspond en fait à un « changement de paradigme ».
La science progresse par périodes, pendant lesquelles l’ensemble des chercheurs oeuvrent au sein du même paradigme. Puis des anomalies apparaissent et perturbent ce corpus théorique, entraînant d’autres recherches, et de fait, d’autres paradigmes.
Un paradigme est donc un corpus d’hypothèses théoriques générales, de démarches et procédés techniques nécessaires à son application qu’adoptent les membres de la communauté scientifique à un moment donné de son histoire. Cette dernière est scandée par des révolutions scientifiques en fonction desquelles un paradigme se substitue au précédent, lequel donnait jusqu’alors à la science son état de stabilité.
Chez Kuhn, la notion de paradigme suggère l’idée qu’aucune communication n’est possible entre paradigmes, de telle sorte qu’une unité manque à la science et à son développement historique.
Jean Piaget : une des plus importantes figures de la psychologie du 20ème siècle, père fondateur du Cognitivisme. Sa théorie de la connaissance est construite sur l’ontogenèse de la connaissance et le développement de l’intelligence. Piaget a marqué indélébilement l’histoire contemporaine de la psychologie génétique et amorce l’émergence des sciences cognitives.
D’une manière générale, toute épistémologie scientifique se réfère implicitement ou explicitement à des interprétations psychologiques, qu’il s’agisse de perception de langage (…) ou de structures opératoires.
— Piaget
Piaget est l’un des fondateurs des sciences cognitives et il inscrit de la cognition dans un cadre épistémologique multidisciplinaire, convoquant la psychologie, la biologie, la logique, les mathématiques et l’intelligence artificielle.
L’épistémologie génétique repose sur 3 axiomes :
Dualisme entre expliquer (les faits de la nature) et comprendre (les données signifiantes de l’activité humaine) → affirmation d’une différence irréductible des sciences humaines et sociales, par rapport aux sciences naturelles et physiques.
Bachelard (1884-1962)
Karl Popper (1902-1994)
Thomas S. Kuhn (1922-1996)
Jean Piaget (1896-1980)