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3. Définitions de l'épistémologie

Granger (1986)

(1920-2016, épistémologue)

Décrire et faire comprendre le sens, la portée et les procédures de l’effort de rationalisation dans l’explication des phénomènes qu’exprime le mouvement de la science.

Léna Soler (2000)

(née en 1966, philosophe)

L’épistémologie vise fondamentalement à caractériser les sciences existantes, en vue de juger de leur valeur et notamment de décider si elles peuvent prétendre se rapprocher de l’idéal d’une connaissance certaine et authentiquement justifiée. Elle s’emploie pour atteindre cet objectif, à décrire la manière dont procède telle ou telle discipline dite scientifique pour élaborer et tester ses théories, à spécifier la physionomie de ces théories elles-mêmes, enfin à estimer la valeur logique et cognitive de telles théories.

Roland Doron & Françoise Parot (2011), Dictionnaire de la Psychologie : discipline philosophique fondée au cours du 19ème siècle dont l’objet consiste à soumettre à un examen critique les principes, hypothèses et résultats des disciplines scientifiques, à déterminer leur valeur logique et leur portée objective. Sa démarche consiste à examiner, à posteriori, l’état de développement historique des sciences dans leurs diversités, et à établir sur cette base les conditions à priori de toute connaissance scientifique : d’une part, l’histoire et la sociologie des sciences, d’autre part la logique pure, qu’elle utilise pour décrire les formes de construction scientifique.

J. Piaget, Épistémologie des sciences de l’homme : l’épistémologie scientifique s’oppose à l’épistémologie classique, qualifiée de “métascientifique”.

Sens Définition
Sens anglo-saxon Theory of knowledge = théorie générale de la connaissance (sens large, incluant les croyances, la perception, etc.)
Sens français/continental Étude spécifique de la connaissance scientifique, de son histoire, de sa logique et de sa portée.

Objet d’étude de l’Épistémologie : la Science

Section titled “Objet d’étude de l’Épistémologie : la Science”
Pôle Question clé Objectif
Normatif Qu’est-ce que la science ? Cette discipline en fait-elle partie ? Vise à définir ce qu’est la science et donc à délimiter le champ de la science.
Descriptif Comment cette science fonctionne-t-elle en pratique ? Vise à décrire le contenu et les méthodes d’une science.

Croyance : attitude épistémique (de connaissance) qui se différencie du savoir.

  • Doxa (Platon) ou “opinion supposée vraie”.
  • Censée être vraie mais peut être fausse.

Savoir : vrai par son statut même. Implique le passage de “tests de vérité” imposés par la logique de la méthode scientifique.

Intuition : processus psychologique par lequel une nouvelle connaissance ou une croyance surgit dans les connaissances d’un sujet sans qu’il puisse apporter de preuves logiques à l’appui de cette idée. Elle possède un caractère d’immédiateté et d’anticipation puisqu’elle devance les preuves en donnant le sens d’une situation avant que les éléments de celle-ci n’aient été vérifiés. C’est donc une forme de pensée considérée comme porteuse de sens par le sujet lui-même, caractérisée par son accessibilité immédiate à l’esprit et empreinte d’évidence.

Idée : c’est un état mental ou processus mental auquel l’homme se réfère à quelque chose en dehors de lui-même, que cet attribut d’externalité soit considéré comme directement applicable dans le présent ou appliqué à un objet qui a été donné dans le passé, ou même appliqué à un objet qui est seulement possible et non réel. Sont incluses :

  • les perceptions sensorielles, qui dépendent de l’excitation directe des organes des sens,
  • les souvenirs de ces perceptions sensorielles,
  • les images produites par la fantaisie individuelle.

Origine des Connaissances : les courants historiques

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Empirisme radical

Toutes les connaissances proviennent de l’expérience sensorielle et elles sont enregistrées et stockées dans le cerveau.

Rationalisme

L’expérience sensorielle (perception) constitue le premier stade pour atteindre la connaissance mais l’esprit doit intervenir pour activement transformer cette information sensorielle avant qu’elle ne soit considérée comme une connaissance.

Innéisme

(Platon, 428-348 av. J.-C. ; Descartes, 1596-1650)

Certains types de connaissances (les idées) seraient innées et constitueraient un élément naturel de l’esprit.

1975 : le Grand Débat entre Chomsky et Piaget

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Courant Auteur Thèse
Innéisme Noam Chomsky (né en 1928) Compétences mentales et linguistiques innées, inscrites dans le cerveau humain.
Constructivisme Piaget (1896-1980) Les capacités cognitives ne sont ni innées, ni acquises. Elles se construisent progressivement par l’interaction entre maturation et expérience.

L’Épistémologie génétique et le « Cercle des Sciences » de Piaget

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Épistémologie génétique, fondée par Piaget selon Doron et Parot : utilise les données expérimentales de la psychologie de l’enfant dans le but de décrire les mécanismes qui constituent la source même des diverses variétés de connaissance et de suivre leur développement aux niveaux ultérieurs jusqu’à l’élaboration de la pensée scientifique proprement dite. L’ontogenèse des connaissances est considérée par Piaget comme la récapitulation de l’histoire des sciences.

L’épistémologie est génétique donc la classification est circulaire → Cercle des sciences.

Piaget remplace la hiérarchie linéaire des sciences (positivisme) par une vision circulaire :

┌────────────────────────────────────────┐
▼ │
MATHÉMATIQUES & LOGIQUE │ (les opérations du sujet
│ │ fondent la logique)
▼ │
PHYSIQUE ──► CHIMIE ──► BIOLOGIE ──► PSYCHOLOGIE

Structure : concept avec trois caractères :

  1. Une structure comporte d’abord les lois de totalité distinctes de celles de ses éléments et permettant même de faire abstraction complète de tels éléments.
  2. Ces propriétés d’ensemble sont des lois de transformation, en opposition avec des lois formelles quelconques.
  3. Toute structure comporte un autoréglage : son contenu est strictement limité et autonome (ce qui ne l’empêche pas de pouvoir se subdiviser en sous-structures héritant des mêmes propriétés, tout en présentant chacune les mêmes caractères limitatifs).

A son état d’achèvement (en opposition avec des états de formation ou de construction), une structure constitue donc un système fermé (tout en pouvant à son tour s’intégrer à titre de sous-structure en de nouvelles structures plus larges).

Théorie scientifique : système cohérent et logique dont la fonction est de coordonner, relier et unifier des lois, des hypothèses, des principes et des modèles, les uns apparaissant comme complémentaires des autres.

Sagaut (2008) : ensemble de lois, c’est-à-dire d’hypothèses vérifiées et validées expérimentalement. Le but de la théorie est d’unifier les lois. De manière plus précise, on distingue généralement quatre fonctions d’une théorie scientifique :

1. La fonction explicative-prédictive

En employant la théorie, le calcul et des hypothèses, on peut déduire des lois et des faits (qui devront, bien-sûr, être confrontés avec l’expérience) alors que ceux-ci n’ont pas encore été observés.

2. La fonction unificatrice

La théorie permet de rassembler, d’unifier un grand nombre de faits au sein d’un même cadre conceptuel, et de les englober dans un nombre réduit de modèles et de lois.

3. La fonction heuristique

Les théories guident les recherches en suggérant de nouvelles voies ou au contraire en conduisant à l’abandon de certains développements jugés moins féconds.

4. La fonction de représentation

Les modèles et le cadre fournis par une théorie offrent une représentation de l’univers sensible, qui permet à chacun d’ordonner sa vision du monde.

Elle est plus générale que les modèles qu’elle utilise. Un modèle peut être employé par des théories différentes.

  • Modèle scientifique : peut être décrit comme une configuration cohérente d’hypothèses interdépendantes dont le sens est d’expliquer et décrire un phénomène particulier dépendant d’une théorie.
  • Modèles explicatifs dynamiques : connaissances alimentées par la recherche scientifique, par différents courants de pensée évolutifs et par les connaissances produites par la recherche.

La recherche scientifique et la démarche hypothético-déductive

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Hypothèse : supposition, probable ou improbable, à partir de laquelle l’on construit une méthode expérimentale. Réponse provisoire à la question de départ issue de la théorie. Cette réponse provisoire sera confirmée ou infirmée à l’aide de la méthode (ou méthodologie) de recherche mise en œuvre pour valider - ou non, cette hypothèse.

Une hypothèse est donc un énoncé conditionnel et qualitatif mettant en relation au moins deux ou plusieurs variables d’un phénomène à démontrer. Elle doit être synthétique et précise (elle contient, au minimum, les trois variables expérimentales), testable (il doit être possible de mesurer ou d’évaluer le ou les comportements, émotions, sensations en Psychologie), réfutable et utile (développement de plusieurs études, connaissances accrues).

C’est une démonstration, qu’on appelle méthode ou démarche hypothético-déductive.

Hypothèse Rôle
Hypothèse théorique Prévoit une relation abstraite entre des variables.
Hypothèse opérationnelle Permet, de manière pratique et concrète, la démonstration de l’hypothèse théorique.
Hypothèse statistique Traduit en termes numériques la ou les hypothèses opérationnelles.

Recherche scientifique : ensemble de résultats de recherches qui poursuivent un objectif clairement défini. Elle peut être menée individuellement ou collectivement.

Gaston Bachelard (1938) : la recherche scientifique reposerait en partie sur la capacité du chercheur à prendre du recul, c’est-à-dire à être en position de distance épistémologique. La recherche scientifique en Psychologie peut être inductive ou hypothético-déductive. Elle peut être qualitative ou quantitative. Elle peut :

  • avoir un caractère exploratoire (observation de personnes ou de groupes de personnes, de phénomènes qui permettent de générer des hypothèses et expérimentations).
  • être descriptive (rendre compte objectivement selon les critères dominants de la structure et la dynamique du phénomène étudié).
  • être confirmatoire (guidée par la confirmation ou l’infirmation d’hypothèses).
  • être technologique (construire des outils pratiques pour aider à la prise de décisions).
  • être d’action (constater un problème et le comprendre pour ensuite mettre en place des actions sur le terrain).

Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit.

— Bachelard (1938)