La multiplication des critères
Les inégalités ne se mesurent plus seulement sur le bulletin de paie, mais sur une multitude de critères croisés : genre, origine, lieu d’habitation, âge, état de santé, type de contrat de travail.
| Notion | En bref |
|---|---|
| Objets sociaux | Tout ce qui a un sens partagé dans une société (argent, travail, santé, école…) et autour de quoi les individus se positionnent. |
| Relations sociales | Liens et interactions entre individus ou entre groupes. |
| Normes sociales | Règles, souvent implicites, qui disent ce qui est attendu ou accepté dans un groupe. |
| Être social | L’individu se construit toujours dans et par ses relations aux autres. |
| Système d’influences réciproques | L’individu est influencé par la société, et la société est façonnée par les individus. |
Moscovici (1984) : penser l’individu comme “habité par une société, celle de ses personnages imaginaires ou réels, des héros qu’il admire, des amis et ennemis, des frères et parents avec lesquels il nourrit un dialogue intérieur permanent.”
Vidéo : https://www.canal-u.tv/video/universite_de_bordeaux/les_enjeux_de_l_individualisme.3938
Société de classes
Classe ouvrière, milieu bourgeois, communauté religieuse.
L’identité n’est plus donnée, elle doit être construite par chacun.
Des critères multiples et croisés, vécus comme une atteinte personnelle.
L’échec devient une faute individuelle → honte, angoisse, ressentiment.
Égalité des chances contre sélection → l’élève en échec se croit sans valeur.
Protéger les individus, et pas seulement les catégories professionnelles.
Société d’individus
Historiquement, la psychologie sociale et la sociologie analysaient les individus à travers leurs groupes d’appartenance (classe ouvrière, milieu bourgeois, communauté religieuse).
Pour le sociologue François Dubet, nous sommes passés d’une société d’intégration collective à une société d’individus.
Auparavant, la justice sociale s’articulait autour des inégalités de classe (riches contre pauvres, ouvriers contre patronat). Aujourd’hui, le paysage s’est complexifié.
La multiplication des critères
Les inégalités ne se mesurent plus seulement sur le bulletin de paie, mais sur une multitude de critères croisés : genre, origine, lieu d’habitation, âge, état de santé, type de contrat de travail.
Le sentiment de discrimination
Les inégalités ne sont plus vécues comme un destin collectif partagé avec d’autres, mais comme une atteinte personnelle à sa propre valeur ou dignité.
C’est ici que la sociologie de Dubet rejoint directement la psychologie sociale et la clinique.
Quand la société répète à un individu qu’il est libre et que le système est fondé sur le mérite (méritocratie), cela produit un basculement psychologique majeur :
| Modèle traditionnel | Modèle individualisé | |
|---|---|---|
| En cas d’échec, la faute revient… | au système ou à la classe sociale | à l’individu |
| Ce que cela génère | colère collective et lutte sociale (syndicats) | honte, angoisse et culpabilité |
Ce ressentiment individuel explique en partie la hausse du mal-être psychologique chez les jeunes et l’augmentation des votes protestataires ou populistes.
L’école moderne est prise entre deux injonctions contradictoires :
L'injonction d'égalité
Offrir les mêmes chances à tous et révéler la singularité, le potentiel de chaque élève.
La logique de sélection
Classer, noter et hiérarchiser les élèves dans une compétition permanente.
Pour Dubet, il ne faut pas diaboliser l’individualisme : désirer être libre et reconnu comme une personne unique est une avancée fondamentale.
Le problème vient de l’absence de protections sociales adaptées à cette nouvelle réalité. Pour éviter que l’individualisme ne se transforme en solitude et en précarité, la société doit inventer des institutions qui ne protègent plus seulement des « catégories professionnelles », mais qui donnent à chaque individu les ressources psychologiques et matérielles pour être réellement autonome.